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Après unanatahiti, voici omalareunion : les nouvelles aventures des quinquas sous les tropiques...

Un automne à Berlin....

Comme chaque année, l'incorrigible voyageur se rend au congrès automnal de sa spécialité, avec la double impatience de connaitre les évolutions de la gastro et de découvrir une ville lointaine...

Je suis déjà allé deux fois à Berlin et je coche toujours l'année ou le congrès de Gastro s'y représente, car c'est une des villes les plus fascinantes que je connaisse ...Je ne connais pas d'autre endroit ou l'histoire soit aussi pregnante et ou les places, les rues et les monuments plongent dans autant d'émotion et de réflexion...

La ville a bien changé depuis ma première visite, quelques années après la chute du mur, où elle était devenue un immense chantier où l'on voyait encore les impacts de balles de 1945 sur certains musées..

Voici l'ultra moderne Potsdamer Platz, sortie du no man's land que j'avais connu la première fois, toute entière dédiée au modernisme et à la société de consommation....

Et à quelques stations de métro de là, à la sorte du U-Bahn, la mythique Alexander Platz, que les berlinois appellent familièrement Alex...

Un automne à Berlin....

L'austère décor "Berlin Est" de l'Alexander Platz et ses tramways n'a pratiquement pas changé depuis la réunification, et vous découvrez d'emblée le contraste entre l'Est et l'Ouest, palpable, qui reste encore tellement présent 25 ans après...

Et, comme tout le monde, saisi par ce contraste, vous partez sur les traces de la plaie qui a déchiré  la ville en deux en 1961..  Die Mauer...  La cicatrice infligée à la conscience allemande qui porte le fardeau de l'histoire du 20° siècle...

Un automne à Berlin....

Si le tracé du mur est rappelé partout, il n'y a plus, dans le centre ville, que deux courts segments de quelques dizaines mètres encore visibles, dont celui-ci adossé au mémorial qui rappelle son histoire..

Incroyable production d'esprits paranoiaques n'ayant pas maitrisé initialement la complexe machinerie maladive nécessaire pour couper une ville en deux...

Un automne à Berlin....

On apprend qu'il n' y avait, bien sur, pas un mur, qui aurait été trop facile à franchir, mais deux, séparés par un no man's land....

Et même, dans une expo permanente de la station de métro toute proche, les berlinois ont décrit un troisième mur..qu'ils ont appelé le mur souterrain.

Un automne à Berlin....

Le tracé délimitant l'est et l'ouest coupait certaines lignes de métro avec le train qui traversait des stations dites fantomes, hermétiquement fermées avec toutes leurs sorties emmurées...

Un automne à Berlin....

Et sur ce court segment d'avenue, il est possible de marcher un peu en imaginant ce que c'était de vivre avec une barrière entre l'autre partie de la ville ou était ses habitudes, ses amis, sa famille... en portant le poids de l'histoire qui avait  fait qu'on en était arrivé là...

Et justement comme l'histoire est partout à Berlin...chaque pas nous y conduit..

Or donc, nous voici après la guerre de 14, comme une oasis dans l'Allemagne meurtrie de la république de Weimar, dans un Berlin frondeur et avant-gardiste en quête de culture et d'une autre vie à imaginer sur les ruines d'un passé ensanglanté, représenté dans un de mes films mythiques...

Esprit qui persiste d'ailleurs toujours..la tradition du cabaret frondeur et iconoclaste existe encore , j'y étais allé dans un de mes voyages précédents...

Et c'est dans ce Berlin frondeur et libertaire en pointe dans la culture de l'époque, que va venir se greffer l'impensable...

Je suis allé visiter un autre mémorial, (la ville en est remplie), bâti sur le site du siège de la Gestapo, qui offre une visite empreinte d'émotion et de gravité et qui plonge avec une honnêteté et une franchise forçant le respect sur la machine de terreur nazie.

On croit tout savoir, mais la mise en route puis le fonctionnement de la machine au quotidien restent une révision édifiante...  et on ne revoit jamais trop les thèmes des races supérieures utilisé par un parti qui se veut populaire, pour voir ou ça mène...

Peut être que ça serait bien de voyager un peu et venir réviser son histoire de l'Europe pour tous ceux qui écoutent les sirènes bleu marine...

Et tout un pays s'est laissé dévoyer vers l'inimaginable..

A Berlin, même si ça n'est pas de tout repos, on peut aller voir les conséquences... tout près.. au terminus d'une ligne de l'équivalent du RER à la bourgade d'Oranienburg. Il s'y trouve le camp de Sachsenhausen... Camp de concentration nazi plutôt réservé aux opposants politiques tziganes, homosexuels qu'aux juifs, on y a dénombré 100 000 morts de 1936 à 1945 dans sa période nazie..

Et, cela fera ma transition pour la suite... que croyez-vous qu'il advint en 1945 ? que le camp fut rasé pour tirer un trait sur cette abomination ? 

Que nenni... C'est devenu un camp d'internement "prêt à l'emploi", bien commode par sa proximité,  pour les opposants au régime communiste mis en place par l'armée soviétique... et il y a eu dans ce même camp 10 000 morts de 1945 à 1950, date de sa fermeture définitive !!!!

Un automne à Berlin....

Et on en vient à la suite de l'histoire tragique du Berlin de la guerre froide avec une autre visite..

Direction l'ex Berlin Est en tramway dans un décor automnal éclairé par la douce lumière dont cette saison a le secret..

Et que vois t'on apparaitre au détour d'une rue dans ces belles couleurs dorées, sur un emplacement qui n'était indiqué sur aucune carte ? Un mirador de la redoutable et redoutée prison de la STASI, la police politique de le RDA...

Là encore, on la visite dans une démarche de mémoire saisissante, avec toutes les infos nécessaires car les archives minutieuses et maniaques attestent de tout ce qui s'y passait. Chacun peut venir consulter les archives d'interrogatoire de l'époque concernant les membres de sa famille ou ses connaissances...

Un automne à Berlin....

Et une jeune guide frémissante et bouleversée vous emmène visiter les geôles souterraines de la STASI ou sa famille a été emprisonnée... en racontant les savantes méthodes psychologiques (enseignées d'ailleurs dans une faculté de psycho), qui permettaient avec une méthode infaillible et la patience nécessaire, d'extorquer n'importe quel aveu à n'importe qui...

Un automne à Berlin....

Et après ces lourdes visites... une soirée passée dans l'ambiance festive d'une fête des lumières moderne, inventive et ludique qui fera sourire les lyonnais parmi mes lecteurs..... Un peu d'insouciance et de bonne humeur qui n'a pas pu complètement dissiper les émotions soulevées dans la journée, par ce passé à fleur de ville...

Les rues pleines d'une jeunesse qui n'a pas connu tout ça mais qui doit se frayer un chemin parmi toute cette histoire..

Et ce chemin, pour les berlinois qui ont tout connus dans leur histoire, ne peut être qu'original... entre deux mondes... Ne se reconnaissant pas dans les sirènes du capitalisme, et ayant appris à leurs dépends les leçons de la dictature du prolétariat... Le matérialisme... ils ont donné.

Et l'on sent ici, l'envie d'un autre chemin... la culture, les mouvements alternatifs, l'envie de nourritures spirituelles, le refus des barrières, une certaine modernité.. Le Berlin de 1920 n'est pas resté enseveli sous toute cette noirceur.. Il en reste peut être, par exemple, cette jolie phrase sur un fragment du mur..

Ainsi est Berlin... une ville ou, instruit par les morsures de l'histoire, on tente de croire aux forces de l'esprit...

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